mercredi 26 juin 2013

marcus garvey




Marcus Mosiah Garvey (17 août 1887, Saint Ann's Bay, Jamaïque-10 juin 1940, Londres) est un leader noir du XXe siècle et est considéré comme un prophète par les adeptes du mouvement rastafari, d’où son surnom Moses ou The Black Moses, Moses se traduisant par Moïse en français.
Précurseur du panafricanisme, il se fait le chantre de l’union des noirs du monde entier à travers son journal The Negro World et le promoteur obstiné du retour des descendants des esclaves noirs vers l’Afrique (ce qu'on appelle le « Back to Africa »). source:wikipedia

Enfance et jeunesse

Né en Jamaïque en 1887, un an après l'abolition de l'esclavage à Cuba, dans l'île opprimée, où la ségrégation raciale (apartheid) règne ; les conditions de travail n'ont pas vraiment changé depuis l'abolition de l'esclavage. Beaucoup de jamaïcains ont émigré à Panama pour travailler sur le chantier du célèbre canal. L'Afrique est en proie à la colonisation européenne à cette époque, mais certains Afro-caribéens parviennent tant bien que mal à y partir, notamment au Libéria.
Marcus Garvey était un musicien qui joue de l'orgue à l'église, et bien qu'entouré d'analphabètes il est passionné de lecture. Ce chrétien descendant des Marrons est employé chez un imprimeur et participe à un syndicat qui l'élit meneur lors d'une grève. Il devient vite un orateur de premier plan, un journaliste (il fondera bientôt le journal Garvey's Watchman) et un activiste politique.
De 1910 à 1914 il voyagea en Amérique latine et en Europe pour y constater la condition dans laquelle évoluaient ses frères noirs.

Aux États-Unis

Il arrive aux États-Unis en 1916 où il rencontre tous les mouvements visant à émanciper les Afro-américains.
L’année suivante, en 1917, il fonde l’Association universelle pour l'amélioration de la condition noire (United Negro Improvement Association, UNIA, toujours en activité). La devise de cette association était Un Dieu ! Un But ! Une Destinée! (One God! One aim! One destiny!). Il devient un des premiers meneurs importants de la cause noire.
Installé à Harlem au lendemain de la Première Guerre mondiale, de 1918 à 1922, Marcus Garvey est mondialement connu. Il tente de profiter de l'importance de son organisation au moment où se pose la question du partage des ex-colonies africaines de l'Allemagne vaincue, pour conforter son plan d'une réhabilitation des afro-américains sur des territoires qui constitueraient une nouvelle "Terre Promise". Cette démarche ressemble beaucoup à celle des sionistes qui émigrent alors déjà en Palestine, ayant eux aussi perdu leur espoir d'intégration. Ne croyant pas que les Afro-américains pourraient vivre libres et respectés hors d'Afrique, il veut unifier les Noirs internationalement, et réclame le droit au "rapatriement" en Afrique (au Libéria le plus souvent) des "gens de couleur" de tous pays. (cf. "Exodus")
Combattu par les Afro-américains partisans de l'intégration sans doute (menée par Du Bois), la stature de Garvey n'aura sans doute pas d'équivalent au XXe siècle dans la lutte pour la liberté de « son peuple ».
Tandis que la révolution russe bat son plein, il se rallie à la lutte des classes à sa manière. Il soutient Ho Chi Minh, Gandhi, et salue avec respect l'œuvre de Lénine et Trotsky. Mais tandis que Trotsky considère comme essentielle l'unification de tous les hommes opprimés, et ce sans les diviser par la couleur de leur peau, la vision de Garvey passe par la race d'abord, une doctrine « nationaliste noire » radicale qui l'oppose aux mouvements intégrationnistes de gauche.
Des réseaux de garveyites s'organisent dans le monde entier, avec des antennes dans chaque grande ville, pourvues de cérémonials et d'uniformes, militaires et quasi religieux (comme à l'époque des "spirituals") - un moyen de se protéger d'une répression pour sédition).
Le père de Malcolm X, un pasteur qui aurait d'après ses proches été assassiné en 1931 par la Black legion, une organisation proche du Ku Klux Klan, est un de ses adeptes les plus convaincus.
À ce propos, un rapprochement a été évoqué entre l'organisation fondamentalement raciste, et Garvey - qui aurait même participé à des rassemblements du K.K.K. fanatique  ; au péril de sa vie, en réussissant donc à ne pas se faire pendre (!). Cette rumeur d'une convergence idéologique "contre-nature" aussi dangereuse demeure de nos jours via certains médias, même si on sait juste que le 25 juin 1922 à Atlanta un tête-à-tête diplomatique de deux heures réussit à avoir lieu entre Garvey et Edward Clarke (N°2 du Klan). Une avancée dénoncée simultanément par la plupart des membres de l'UNIA avec les autres organisations en faveur de la Cause Noire, et on s'en doute abominée par les klanistes (qui ne tarderont pas à exclure Clarke)1.
Garvey avait déjà défié le KKK en les invitant à venir à Harlem où il pourrait « se mesurer aux 15e et 18e régiments noirs » (qui combattirent pendant la Première Guerre mondiale). La motivation était alors de cimenter l'unité des Noirs ; tout en voulant œuvrer de fait, d'égal à égal, avec les « rednecks » et les autres Blancs2.
Pour revenir aux affaires sérieuses, il crée en 1919 la Black Starline, compagnie maritime censée servir le projet de rapatriement (clin d'œil à la White Star Line, l'armateur du Titanic qui a sombré quelques années plus tôt). Pour financer l'investissement dans une flotte, Garvey fait appel à une large souscription auprès des afro-américains. Ainsi, ces derniers deviennent actionnaires de la compagnie. La Black Starline desservait les Antilles, les États-Unis, et avait pour but ultime de relier l'Amérique à « la terre mère africaine ».
Considérant que le chômage fait au moins autant de dommages que l'esclavage révolu, il fait la tournée du pays pour promouvoir son initiative et recueillir des investissements dans le but de créer une véritable économie parallèle et souterraine. Il est suivi par 250 000, voir 300 000 sympathisants. Les autorités fédérales commencent alors à s'intéresser à lui.
Garvey fonde des usines, des réseaux de distribution ainsi que deux journaux. Le plus important est The Negro World qui donne des nouvelles de l'UNIA partout où elle se trouve, des discours de Garvey, et des nouvelles qui ne sont pas rapportées dans les autres journaux. Tous les gouvernements coloniaux s'opposent au Negro World pensant qu'il incite les gens à se rebeller contre eux. Ainsi dans plusieurs pays africains et caraïbéens le journal est interdit.

Le déclin

Garvey est accusé d'escroquerie envers les acteurs de la Black Star Line.
En 1922, après la banqueroute de la Black Star Line, Garvey et trois de ses associés sont poursuivis par les tribunaux. Accusé de fraude postale, il reste en liberté surveillée.
En 1925, sa condamnation est alors confirmée. Il est emprisonné au pénitencier fédéral d’Atlanta.

Retour en Jamaïque

Le président Coolidge commue sa sentence en 1927 et Garvey est envoyé en exil en Jamaïque et interdit de séjour aux États-Unis.
Bien que d'abord rejeté dans son pays, il devient le grand héros national jamaïcain, et un exemple retentissant dans toute l'île. Les Jamaïcains écoutent avec beaucoup d'enthousiasme les meetings de Garvey, organisés dans les mois qui suivent son retour. La vie politique de l’île s’en trouve bouleversée.

Fin de vie en Angleterre

En dépit de cette ambiance sympathique et animée, Garvey se trouve à l’étroit et, en 1935, il part pour l’Angleterre. De là, il surveille la régression internationale de son mouvement. Il meurt d'une crise cardiaque le 10 juin 1940 à Londres sans jamais atteindre l'Afrique.

Sa prophétie

Garvey, dans ses discours, faisait souvent allusion à l'Éthiopie, un terme qui dans la Bible anglo-saxonne (King James Version) signifie l'Afrique. Il écrit ainsi dans son principal ouvrage Philosophy & Opinions: “Laissons le Dieu d'Isaac et le Dieu de Jacob exister pour la race qui croit au Dieu d'Isaac et de Jacob. Nous, les Nègres, croyons au Dieu d'Ethiopie, le Dieu éternel, Dieu le Fils, Dieu le Saint-Esprit, le Dieu de tous les âges. C'est le Dieu auquel nous croyons, et nous l'adorerons à travers les lunettes de l'Ethiopie”.
En 1921, le révérend James Morris Webb prononce un discours cité par le quotidien conservateur Daily Gleaner : “Regardez vers l'Afrique, où un roi noir sera couronné, qui mènera le peuple noir à sa délivrance”. Garvey reprendra cette phrase qui lui sera par la suite attribuée, et considérée comme une prophétie par certains Rastas jamaïcains.
La presse coloniale dénonce alors cette doctrine éthiopianiste "vulgaire" qu'ils attribuent à Garvey. Mais le 2 novembre 1930, en Éthiopie, Tafari Makonnen, le Ras Tafari, est coiffé de la couronne sacrée du negusä nägäst (roi des rois) sous le nom de Haïlé Sélassié Ier (“Puissance de la Trinité”). Il est le chef d'une des premières nations officiellement chrétiennes de l'histoire, l'Abyssinie. Selon le livre sacré Gloire Des Rois (Kebra Nagast), retraçant l'histoire de son antique dynastie, Sélassié serait le descendant direct du Roi Salomon et de la Reine Makeda de Saba. En raison de ses titres de "roi des rois, seigneur des seigneurs" attribués au messie dans La Révélation, il sera considéré comme le messie par les Rastafariens.

Hommage dans la musique

Le premier artiste jamaïcain à chanter sa mémoire sont les Skatalites " marcus garvey " sorti sur Island Records en 1964 puis ce sera Burning spear , qui lui consacre l'album Marcus Garvey (1975) où plusieurs morceaux se réfèrent à lui, ainsi que la version dub de l'album, intitulé Garvey's Ghost. Dans la suite de sa carrière, Burning Spear composera plusieurs autres chansons faisant allusion à Marcus Garvey (« Marcus Children Suffer » et « Mister Garvey » en 1978, « Follow Marcus Garvey » en 1980, etc.).
Produit par Bruno Blum, le 45 tours jamaïcain Marcus Garvey (Human Race Records, 2002) est une reprise de la chanson reggae de Burning Spear où l'on entend l'un des rares enregistrements de la voix de Garvey mélangé au chant de Spectacular. Les citations bibliques entendues dans ce discours ont contribué à fonder le mouvement Rasta (“C'est le Dieu auquel nous croyons, et nous l'adorerons à travers les lunettes de l'Ethiopie”).
Les Mighty Diamonds (Them Never Love Poor Marcus, 1976, The Right Time, 1975), U Roy (Tribute to Marcus Garvey, 1976, Big Youth (Marcus Garvey, 1975), Dilllinger (Marcus Garvey, 1975), les Aggrovators (avec le dub mixé par King Tubby « 21 Gun Salute to Brother Marcus » sur la rythmique de « Poor Marcus ») et Culture (Garvey Rock alias Down In Jamaica, 1977, Black Starliner Must Come, 1978, Marcus, 1992, comptent parmi ses plus fervents admirateurs.
Dans la chanson « So Much Things to say » de Bob Marley and the Wailers (sur l'album Exodus), celui-ci chante: « I'll never forget no way: they sold Marcus Garvey for rice. » (« Je n'oublierai jamais : ils ont vendu Marcus Garvey pour du riz. »). C'est une référence à son échec électoral en Jamaïque face à un adversaire qui avait promis des distributions de nourriture à la population. Cette chanson est reprise par Lauryn Hill en 2001 sous le titre de « Never Forget », lors de l'enregistrement de son album acoustique MTV Unplugged no 2.0. L'album le plus remarquable dans le monde du Hip Hop en hommage à Marcus Garvey est celui de Mos Def et Talib Kweli en 1998, Mos Def and Talib Kweli are Blackstar, qui revient à travers de nombreux morceaux sur l'héritage spirituel et social laissé par Garvey.
En 2003, Patrice dans l'album How do you call it avec la chanson « Jah Jah Deh Deh » (Jah Jah est là) rend hommage à Marcus Garvey en annonçant que « Marcus Garvey ne va pas reposer en paix face à la société actuelle » en précisant « Enterrer leurs corps était comme enterrer des graines » faisant référence à de grands noms comme Steve Biko, Patrice Lumumba, Kwame Nkrumah, Thomas Sankara, Malcolm X et le Mahatma Gandhi.
Alpha blondy, le cite dans sa chanson « Bory Samory » dans un hommages a samory Toure il énumère toutes les grandes figures du peuple noir mais aussi du panafricanisme "Marcus GARVEY oki faga"
En 2005, Damian Marley le cite dans son album Welcome to Jamrock dans la chanson « Confrontation ». Plusieurs enregistrements audio d'époque sont intégrés dans ce morceau notamment le bien connu « can we do it? we can do it, we shall do it! »
En 2006, Greg Rose, plus connu sous le pseudonyme de Mr.Perfect, un artiste reggae « new school » , lui dédie une chanson entière sur son album Rasta Rebel, chanson qu'il choisira d'intituler « Black Marcus ». Dans une certaine continuité de Marcus Garvey, il œuvre pour la prise de conscience des peuples opprimés.

The Negro World

The Negro World est un journal diffusé par Marcus Garvey, il prônait un pouvoir noir, ce journal fut interdit dans les pays coloniaux qui voyaient en lui une menace.

Black Star Line

La Black Star Line est une compagnie maritime transatlantique, créée par Marcus Garvey en 1919 qui avait pour but de « servir de lien entre les peuples de couleur du monde dans leurs rapports commerciaux et industriels ».
Elle fut entièrement financée par « la souscription et l'émission d'actions acquises par des personnes noires ordinaires, attirées par l'idée d'une émigration vers la 'nation negre independante' conceptualisée par Garvey ». Cet élan de solidarité permit rapidement à Garvey l'acquisition de quatre paquebots transatlantiques (dès 1922).
Ceci répandit une onde de choc parmi l'establishment blanc international : « Voilà un homme qui, non seulement avait compris que la seule voie vers l'accession au pouvoir politique passait par la puissance économique, mais utilisait les deux avec une habilité stupéfiante. La mise en route de la Black Star Line constituait le couronnement de son action et laissait entrevoir ce qu'une nation noire unie pouvait effectivement accomplir sous l'influence d'un leader entreprenant et créatif ». Malheureusement la Black Star Line fit banqueroute. Garvey fut emprisonné.

Citations

  • « Un Dieu, un but, une destinée ! »
  • « Un peuple ignorant de son histoire est comme un arbre sans racines ».
  • « Lève-toi, race puissante, accomplis ce que tu désires ».
  • « Si tu n’as aucune foi en toi-même tu es doublement vaincu dans la course de la vie. Avec la foi tu as gagné avant même d’avoir commencé ».
  • « Dieu et la Nature nous ont fait ce que nous sommes, mais à travers notre génie créateur nous faisons de nous-mêmes ce que nous voulons être ».
  • « Ce que tu fais de valeureux aujourd’hui inspire les actions des autres dans le futur ».
  • « L’éducation est le moyen par lequel un peuple se prépare pour la création de sa civilisation propre et aussi l’avancement et la gloire de sa propre race ».
  • « Soyez autant fiers de votre race aujourd’hui que l’étaient vos pères dans le passé. Nous avons une histoire magnifique, et nous allons en créer une autre dans l’avenir qui étonnera le monde».
  • « Trop nombreux sont ceux parmi nous qui trouvent des prétextes pour fuir la race noire parce que nous sommes amenés à croire que notre race n’a aucune valeur - qu’elle n’a jamais rien accompli. Laches que nous sommes ! C’est nous qui n’avons pas de valeur, parce que nous ne contribuons pas à l’élévation et à la construction de cette race noble ».
  • « Pendant plus de trois cents ans l’homme blanc a été notre oppresseur, et il ne nous accordera pas de bon gré la vraie liberté… Nous devrons nous libérer nous-mêmes ».
  • « Une race sans aucune autorité et sans aucun pouvoir est une race qui ne se respecte pas ».
  • « La seule protection contre l’injustice de l’homme est le pouvoir physique, financier, scientifique »
  • « Il est possible que nous vivions pas tous la réalité d’un empire africain si fort, si puissant qu’il imposerait le respect à l’humanité, mais nous pouvons cependant durant notre vie travailler et œuvrer à faire de ce projet une réalité pour une autre génération ».
  • « Peut-on le faire ? Nous pouvons le faire ! Nous le ferons ! ».